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La Fed se réunit sur fond d'inquiétudes quant à son indépendance
information fournie par Reuters 26/01/2026 à 14:06

par Howard Schneider

La Réserve fédérale (Fed) devrait maintenir ses taux d'intérêt inchangés mercredi à l'issue d'une réunion de deux jours assombrie par les menaces sur son indépendance, avec notamment une enquête pénale sur son patron Jerome Powell et la tentative de l'administration Trump de limoger la gouverneure Lisa Cook.

Il ne reste plus que trois réunions de politique monétaire au calendrier de la Fed avant mai, date à laquelle prendra fin le mandat de huit ans de Jerome Powell à la tête de la plus grande banque centrale du monde.

Le président américain, Donald Trump, a reproché à plusieurs reprises à Jerome Powell d'être trop lent et de ne pas avoir procédé aux baisses agressives de taux d'intérêt qu'il juge nécessaires pour relancer l'économie.

Cette transition, qui se déroule généralement sans problème, est devenue donc une période potentiellement perturbatrice.

Plusieurs défis majeurs pourraient animer les prochaines semaines : Jerome Powell devra prendre la décision délicate de rester ou non gouverneur sous le mandat de son successeur, la Cour suprême pourrait décider si Cook deviendra le premier gouverneur destitué par la Maison blanche, et le candidat de Donald Trump à la tête de la banque centrale devra convaincre les sénateurs américains de son indépendance.

Avec tant d'enjeux, le débat politique passe au second plan, même si les analystes s'attendent largement à ce que les garanties institutionnelles de la banque centrale soient maintenues.

Les prévisions d'inflation basées sur le marché et les rendements des obligations américaines à long terme n'ont pour l'instant révélé aucune crainte généralisée quant à l'avenir de la Fed.

"Il n'est pas possible de considérer les actions du prochain président de la Fed comme distinctes de l'environnement économique ou de leur capacité à influencer les autres participants du FOMC (Federal Open Market Committee)", note Tim Duy, chef économiste pour les États-Unis chez SGH Macro Advisors.

Quel que soit le successeur de Jerome Powell, il devra toujours convaincre les autres gouverneurs des banques centrales américaines et les cinq présidents votants des antennes régionales de la Fed de la nécessité de réduire les taux, indépendamment des souhaits de la Maison blanche.

"Trump aura besoin d'une plus grande rotation au sein de la Fed pour contrôler pleinement l'institution", ajoute l'analyste.

Ce processus franchira une première étape importante lorsque Donald Trump annoncera, probablement dès cette semaine, le nom de son candidat au poste.

Parmi les finalistes figurent le conseiller économique de la Maison blanche, Kevin Hassett ; le gouverneur de la Fed, Christopher Waller ; l'ancien gouverneur Kevin Warsh, et le directeur des investissements obligataires chez BlackRock, Rick Rieder.

"ILS CHANGENT"

Au terme de la réunion, les responsables devraient maintenir le taux d'intérêt de référence de la banque centrale dans la fourchette actuelle de 3,50% à 3,75%.

Aucune nouvelle projection économique ou politique n'est prévue, et les investisseurs s'attendent à ce que la Fed marque une pause dans ses baisses de taux jusqu'en juin, déjà sous la direction du successeur de Jerome Powell.

Les données économiques recueillies depuis la dernière réunion de politique monétaire, qui s'est tenue début décembre, n'ont guère montré de changements dans les tendances du marché du travail ou de l'inflation, ce qui incite à la prudence lorsqu'il s'agit de donner des indications sur la date à laquelle les taux pourraient à nouveau baisser.

La croissance de l'emploi reste faible, mais le taux de chômage a baissé en décembre à 4,4%, dans un contexte de forte croissance économique et de dépenses de consommation.

L'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), la mesure de l'inflation privilégiée par la Fed, a été légèrement supérieur aux prévisions, s'établissant à 2,8% en novembre, soit au-dessus de l'objectif de 2%.

Cependant, les commentaires de Jerome Powell lors de sa traditionnelle conférence de presse pourraient moins porter sur le débat monétaire et davantage sur ce qui s'est passé entre les réunions, en particulier la menace d'une enquête pénale à son encontre de la part du département de la Justice.

La réponse de Powell dans une déclaration vidéo, dans laquelle il affirme que cette initiative fait partie de la campagne de Donald Trump visant à faire pression sur lui et sur la banque centrale afin de réduire davantage les taux d'intérêt, devrait également être dans tous les esprits.

La Cour suprême des Etats-Unis a par ailleurs examiné la semaine dernière la tentative de la Maison blanche de limoger la gouverneure Lisa Cook, dans une affaire qui constituera un test pour la justice dans sa capacité à préserver l'indépendance de la banque centrale.

Si l'audience a permis d'apaiser les inquiétudes concernant les risques imminents pour la Fed, les juges semblant pencher en faveur du maintien de Lisa Cook, elle a également rappelé l'espoir déclaré de Donald Trump de pourvoir davantage de sièges au sein du conseil des gouverneurs que ne le permet la rotation normale des mandats.

Dans l'état actuel des choses, le candidat désigné par le président pour succéder à Jerome Powell occuperait un poste qui devrait être laissé vacant par un autre responsable nommé par Donald Trump, le gouverneur Stephen Miran, dont le mandat à la Fed expire ce mois-ci.

À moins d'une démission ou d'une destitution, le prochain poste à pourvoir serait celui de Jerome Powell, qui pourrait toutefois rester gouverneur pendant encore deux ans après avoir quitté son poste à la tête de la banque centrale.

"S'il reste, il reste", a déclaré le président au sujet de Jerome Powell lors d'une interview accordée à la chaîne CNBC lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, la semaine dernière.

Le locataire de la Maison blanche a également déclaré qu'il était sur le point de prendre une décision quant à la personne à nommer à la tête de la Fed, mais que "le problème, c'est qu'ils changent une fois qu'ils ont le poste".

PERSPECTIVES BÉNIGNES

L'affaire Cook suscite par ailleurs un vaste débat au sein de la Cour suprême, où tant les juges progressistes que conservateurs ont affirmé l'importance de l'indépendance de la banque centrale et se demandent si les accusations justifient la destitution de la gouverneure ou le préjudice que cela entraînerait.

Plusieurs sénateurs républicains ont même indiqué qu'ils ne se prononceraient pas sur la nomination d'un patron de la Fed tant que l'enquête pénale contre Jerome Powell n'aurait pas été résolue.

Ce dossier a fait passer le patron de la Fed d'une attitude plutôt passive à une défense publique plus agressive de la banque centrale en tant qu'institution.

Il a maintenu cette position lorsqu'il a décidé d'assister à l'audience de Lisa Cook devant la Cour suprême la semaine dernière et il aura une autre occasion de s'exprimer mercredi lorsqu'il répondra aux questions des journalistes.

Le taux de référence de la Fed se situant autour du niveau que les responsables politiques considèrent comme neutre - le niveau auquel l'activité n'est ni stimulée ni restreinte - et l'économie ne s'orientant pas clairement vers d'importantes pertes d'emplois ou une accélération de l'inflation, "les perspectives à court terme sont bénignes", a déclaré Michael Pearce, chef économiste pour les États-Unis chez Oxford Economics, dans une note publiée la semaine dernière.

Toutefois, "des événements extérieurs au comité peuvent bouleverser la trajectoire", lorsqu'un nouveau patron prendra ses fonctions, en particulier si le "petit risque" d'éviction de Lisa Cook se concrétise, a-t-il averti.

"Notre base de référence est que la Fed abaissera les taux d'intérêt en juin et en septembre" et arrêtera de baisser les taux avec son taux de référence toujours autour de 3%, une perspective qui montre que même le successeur de Jerome Powell pourrait avoir du mal à fournir les réductions de taux rapides et profondes exigées par Trump, a-t-il ajouté.

"Il faudrait un affaiblissement décisif des conditions du marché du travail pour que la Fed procède à des baisses de taux plus rapides et plus agressives, ce qui nous semble peu probable".

(Reportage de Howard Schneider ; version française Diana Mandia)

1 commentaire

  • 17:49

    Powel va saborder Trump


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